Portrait d’une queen : NickyG


Cette personne, qu’elle soit Nicolas ou dans son personnage de scène NickyG, m’inspire par sa force, sa vivacité d’esprit et sa créativité. Je pense que d’assumer qui l’on est nous fait briller. Partager et transmettre sa passion, quelle qu’elle soit, est certainement la meilleure chose pour soi, mais c’est aussi quelque chose qui peut apporter et apprendre beaucoup aux autres s’ils sont le moindrement ouverts. NickyG est la preuve qu’on peut être qui l’on veut, et qu’avec de la persévérance et de la volonté, on peut tout accomplir! NickyG est non seulement inspirante, mais aussi rafraîchissante! En 2017 (article ici), alors que je la qualifiais de « scintillante et prometteuse recrue de la culture drag-queen », deux ans plus tard, elle est désormais une véritable queen et plus rien ne l’arrête! Parce que son art a toujours piqué ma curiosité et me fascine, j’avais envie de souligner sa progression depuis les deux dernières années.

Qu’as-tu fait depuis les deux dernières années? Comment va la carrière de NickyG?
Avec l’université, NickyG a pris un peu plus son temps. Dans la dernière année cependant, depuis ma graduation, je m’investis beaucoup plus dans mon art et ça paie! Depuis la fin de Dragwarts, l’école des drags au Drague Cabaret Club, et qu’en 2017 j’ai été adoptée dans la famille de Mado Lamotte, je suis bookée minimum 1 fois par semaine un peu partout dans la province (St-Jérôme, Rimouski, Sherbrooke, Montréal, Casino de Montréal, Casino de Charlevoix, etc.). Cet été je suis aussi arrivée 2e dans le concours Étoiles Montantes de la Fête Arc-en-ciel de Québec, après être arrivée 2e aux 2 rondes préliminaires (talk about consistency!). Présentement, je me concentre beaucoup sur mes nouvelles soirées mensuelles que je commence à faire en Basse-Ville (St-Roch) à l’Anti Bar & Spectacles. Ça va donc très bien!

Est-ce que tu penses que le «personnage» de NickyG a beaucoup changé? Si oui, pourquoi et comment?
Je dirais que NickyG n’a pas « changé », mais a énormément « évolué ». Je me suis trouvée en tant qu’artiste et j’ai plus de latitude pour faire ce que je veux maintenant que mon nom est plus ancré sur la scène drag. Mon esthétique s’est développée, mon maquillage s’est amélioré, je continue toujours de me perfectionner, mais j’ai toujours mon côté « différent » et authentique que j’avais au départ, et je crois que c’est ce qui me démarque des autres (bien que toutes les drag-queens aient leur propre esthétique).

© Caroline Methot Photography

Aujourd’hui, NigkyG est… épanouie dans son art (ET une business woman!), mais il lui reste tellement de chemin à faire!

En tant que drag-queens, on continue toujours d’évoluer, de se perfectionner, d’apporter et d’intégrer de nouvelles choses à cet art, etc.

Sur scène tu te sens… à ma place. Depuis que je fais plus souvent des shows, je dis souvent que j’ai l’impression d’entrer en « pilote automatique » lorsque ma chanson commence. Être sur scène ne m’a jamais vraiment « stressée » à proprement parler, mais je me sens plus à l’aise, je me connais mieux en tant qu’artiste aussi; ce que je peux faire et ce que je ne peux pas faire côté looks, chansons, mouvements de danse, etc.

© Caroline Methot Photography

Quels sont les commentaires que tu reçois maintenant?
J’ai souvent des gens qui viennent me voir entre mes chansons ou après les spectacles pour me dire de ne pas changer, que je suis vraiment différente et que j’apporte quelque chose de différent également sur scène : souvent quelque chose de très artistique. Certains même qu’ils se sont déplacés pour venir me voir. J’ai même une fan finie (un peu extrême, mais je l’aime d’amour) qui s’est fait tatouer mon nom!

Il y a aussi des hétéros qui viennent me dire que je suis vraiment sexy et que je les turn-on (haha!). Ça veut dire que j’ai réussi ma job!

Puis des autres drags… On rigole souvent que je suis toujours nue ou peu habillée… ce qui n’est pas faux, mais je l’apporte sur scène de façon sexy/sensuel/artistique, presqu’à la burlesque, et non de façon vulgaire. Je crois que c’est ce que j’aime de NickyG, qu’elle peut jouer là-dessus.

Penses-tu qu’en 2019, il y a encore des tabous ou des préjugés par rapport aux drags?
Il y a, évidemment, encore beaucoup de tabous et préjugés, mais nous avons fait beaucoup de chemin et allons continuer à en faire. Il n’est « pas rare » que je me fasse insulter lorsque je retourne chez moi après un show ou quand je vais manger une bouchée après l’un de mes spectacles. Je ne laisse pas ça m’abattre. Aucunement! Je me dis toujours à la rigolade : au moins, moi je suis payé pour être fif… 

Si on prend l’exemple de mes nouvelles soirées mensuelles en Basse-ville qui vont surtout aller chercher une clientèle hétérosexuelle, puisque ce n’est pas dans un bar « gay » (même si plusieurs gays m’ont dit qu’ils avaient hâte d’aller à ces nouvelles soirées), le feedback est extrêmement positif! J’ai vu quelques commentaires déplacés ou « haineux » [sur les réseaux sociaux], mais les personnes qui les font se font généralement replacer par les autres internautes qui ont hâte à nos soirées.

Fais beaucoup avec peu et fais ce que tu veux. C’est facile à dire, pas facile à faire, mais il faut se foutre de ce que les gens pensent. Ça ne va que t’arrêter. Il faut se faire confiance.

C’est toi qui a dit ça en 2017. Donnerais-tu toujours le même conseil aujourd’hui ou en as-tu un nouveau?
Ça me met vraiment le sourire aux lèvres de relire ce conseil, car je me rends compte que j’ai suivi mon propre conseil dans les deux dernières années! Effectivement, ce n’est vraiment et encore pas toujours facile à faire, mais je suis restée moi-même et j’ai toujours voulu rester différente. Comme je l’ai mentionné plus tôt, je crois que ça a peut-être « ralentit » ma carrière, mais ça m’a été bénéfique, car je suis restée moi-même et je crois avoir créé quelque chose de bien.

Des projets pour les (deux) prochaines années?
Dans les prochaines années, j’aimerais beaucoup pousser ma fibre entrepreneuriale, faire des soirées ailleurs, organiser plus d’évènements, etc.

Comme je l’ai dit, j’ai lancé avec l’Anti Bar & Spectacles les soirées mensuelles Queen’s Night qui vont permettre aux drag-queens d’avoir une autre scène où performer. Chaque soirée sera accompagnée d’un thème qui va servir de fil conducteur aux soirées (le 31 décembre : haute-couture) et je vais sélectionner (hand-pick) les artistes qui vont le plus briller dans le thème, qui vont être le plus dans leur élément!


Pour ma part, même si j’aime son art et sa personne, je ne me ferai pas tatouer son nom, mais je répéterai, sans grand originalité, exactement le même conseil donné en 2017 : Soyez ouverts à la créativité et à la diversité. N’ayez pas peur d’essayer et de foncer, peu importe ce que les gens pourraient en penser. Dans n’importe quel domaine, faites une NickyG de vous et donnez tout ce que vous avez!