Ma vie en drag-queen Rencontre avec NickyG

Je suis en admiration devant cet art qu’est la « drague* ». Dans leur extravagance et leur confiance sur scène, les drag-queens ont quelque chose de sexy. Dans leurs différences et leur assurance, elles sont belles et me fascinent. Je sais très bien que tout le monde n’est pas de cet avis. Certaines personnes aiment, d’autres pas et c’est correct comme ça. J’ai toutefois l’impression que c’est un art méconnu ou incompris pour lequel il y a beaucoup de préjugés, raison pour laquelle la « drague » en rebute plus d’un.

Afin de briser certains préjugés et faire découvrir un peu plus cet univers fascinant, j’ai rencontré NickyG, scintillante et prometteuse recrue de la culture drag-queen.

© Michaël Croteau | Agence Polygone

Pour toi, c’est quoi une drag-queen?
Une drag, c’est un homme ou une femme qui s’habille de façon extravagante et recherchée. La « drague » c’est un processus créatif dans lequel une drag-queen pense beaucoup à son apparence. Derrière son maquillage, ses costumes et ses perruques se cache un moyen d’expression personnelle et d’affirmation.

As-tu toujours voulu devenir drag?
Étonnamment non. Pas que je me disais que je ne voulais pas devenir drag-queen [un jour], mais c’est comme arrivé « soudainement » si je peux dire. C’est depuis le début de l’été [2017] que je me suis vraiment intéressée à ça. J’ai toujours aimé aller voir des shows de drags, mais je ne m’étais jamais dit « hein j’aimerais ça être une drag », pis c’est en juin que j’ai entendu parlé des « auditions d’une star », qui se passaient en août au Drague, pis je me suis dit que ça pourrait être intéressant [d’essayer]. J’ai donc fait les auditions et après j’ai commencé Dragwarts : l’école de drag-queens, et à chaque show que je fais j’aime de plus en plus ça. On dirait que pour beaucoup de drags, tu tombes là-dedans par hasard et tu te dis « oh mon dieu j’aime dont bin ça! » pis ensuite tu continues.

D’où t’es venue l’idée pour ton nom de drag-queen?
J’ai toujours dit, à la blague, que lorsque j’allais être rappeur, j’allais m’appeler NickyG, en lien avec Nicky Minaj, puisqu’elle est rappeuse et « moi aussi », et aussi en raison de la sonorité et du lien avec mon vrai nom… top secret! (Rires).

As-tu une muse?
RuPaul c’est comme la maman de tout le monde. Je m’inspire beaucoup de d’autres drag-queens, mais il n’y a pas une drag en particulier à qui j’aimerais ressembler ou pour qui je me dis « c’est mon idole ». J’aime bien Naomi Smalls. J’aime sa simplicité et son attitude, et aussi le fait qu’elle ait un flat chest; elle n’a pas de sein et je n’en ai pas non plus (Rires). Il y a aussi Violet Chachki que j’aime beaucoup. Notre style de makeup se ressemble et j’aime ses costumes. Et j’aime vraiment les drags qui sont différentes. C’est ce que j’essaie d’être [aussi], parce qu’on en a tous vu des belles drag-queens, donc j’essaie d’aller chercher quelque chose de différent.

Source : naomismalls.com

Qu’aimes-tu dans ton « personnage » de NickyG?
Ce que j’aime le plus quand je suis NickyG, c’est que je suis libre. Par liberté, j’entends la liberté artistique, mais aussi la liberté de personnalité. Tu peux dire et faire tout ce que tu veux lorsque tu es en drag-queen, jusqu’à une certaine limite bien sûr. Tu peux devenir qui tu veux; tu peux être vraiment déplacée, drôle, sexuelle, [tu peux] faire des jokes de bouffe ou encore jouer à la niaiseuse, même si ce n’est pas ta personnalité!
Alors quand je me prépare en NickyG, c’est comme si je devenais une autre personne. NickyG, elle a sa propre personnalité et elle aime [particulièrement] parler en anglais.

NickyG est… Belle et confiante!

© Michaël Croteau | Agence Polygone

Qu’est-ce que tu aimes quand tu te prépares?
J’aime beaucoup me maquiller et je n’aurais jamais pensé que j’aimerais ça tant que ça!


© Michaël Croteau | Agence Polygone

Comment t’es-tu sentie la première fois que tu es montée sur scène? Et maintenant?
J’ai déjà fait du théâtre et un peu d’improvisation dans le passé. Mais la première fois, avant de monter sur scène, je me suis dit « hein je vais être stressée » parce que quand je faisais du théâtre j’étais stressé… Et je me suis dit « j’vais m’chier dessus » (Rires) pis je suis arrivée sur scène et j’étais bin correcte. Ça m’a vraiment surpris moi-même! La tune est partie et j’ai juste pensé « Go! […] ‘Avoueille’ Nicky, donne tout ce que tu as! ». Et ça ne me dérange pas d’être en fille sur scène. D’être en bobette. Je ne sais pas si c’est comme ça pour toutes les drags, mais ce n’était pas moi sur scène. C’était NickyG. Quand je faisais du théâtre, c’était moi qui était sur scène. C’était l’étudiant ; moi en gars. Tandis que là c’était NickyG et elle n’a rien à cacher, et elle s’en fout de ce que le monde pense pis elle se met en bobette si elle veut.

© Michaël Croteau | Agence Polygone

Que tes amis et ta famille ont-ils pensé lorsque tu leur as dit que tu voulais faire des spectacles de drag?
Quand j’ai commencé à faire de la « drague », certaines personnes avaient un regard critique ou négatif. Ça m’a beaucoup affectée, mais en même temps c’est ce que je voulais faire et j’ai essayé, puis j’ai aimé ça. Je rejette un peu ces idées plus négatives. Puis mes amis me supportent, et ma mère vient souvent me voir en show pis je pense qu’au début ça a été un certain choc parce qu’elle ne connaissait pas vraiment ça et n’était jamais aller voir un [tel] show. Il y a les deux côtés de la médaille : certaines personnes me supportent et d’autres ne m’ont pas supportée.  Il y a mes amis qui me supportent full et j’ai été vraiment chanceux, je sais qu’il y a beaucoup de drags que leur famille et leurs parents ne savent pas qu’elles font ça. Pour beaucoup de monde c’est ça : c’est secret. À cause des préjugés, des jugements. Le regard des gens ça pèse beaucoup.

Reçois-tu souvent des commentaires? Quels sont-ils?
J’ai souvent des commentaires positifs et constructifs. À date je n’ai pas eu de commentaires vraiment négatifs. Je pense que c’est assez rare. Les gens vont te regarder, mais de là à ce que les gens fassent de quoi, agissent…

Penses-tu qu’il y a encore beaucoup de tabous et de préjugés par rapport au monde des drag-queens? Quels sont-ils?
Je pense que les gens n’ont pas nécessairement des préjugés, mais que c’est souvent de l’ignorance. Des fois ils vont dire « Veux-tu devenir une femme? » ou « Ah! Tu chantes?! » et ce n’est pas méchant, mais ce n’est pas ça du tout.

Il y en a aussi beaucoup qui pense que [le monde des drag-queens] c’est très sexuel, mais ça ne l’est pas. On fait ça pour l’art. C’est vraiment une forme d’art. Oui je suis souvent en bobette sur scène, ou à moitié nue, mais ce n’est pas sexuel. Il y a du travail derrière tout ça. C’est un processus créatif et artistique. C’est réfléchi : les costumes et les tunes sont pensés.

Finalement, c’est aussi assez répandu, mais peut-être dans la génération plus vieille, l’idée qu’on va fumer, se saouler, faire des orgies, tout ça en drag. Parce que c’est clair qu’on fourre en drag (Rires).

Que penses-tu du genre et de la norme? Crois-tu que les gens soient vraiment arrêtés à ça?
Même en dehors du monde des drags, le genre est très coulé dans le béton, mais je pense qu’en général, on a beaucoup fait de progrès. Toutefois, si on prend l’exemple de moi qui vais m’acheter une « bralette » à la Vie en Rose, bin je me fait regarder vraiment croche. Je me souviendrai toujours la fois où je me suis achetée une brassière à la Vie en Rose et je suis sortie de la cabine d’essayage… le regard de la fille à côté de moi, ça valait mille piasses!  Elle a failli « chier » à terre, tomber à terre! C’était vraiment intense. Des fois, il faut que je le précise, pis c’est ça aussi. La fille de la cabine d’essayage, dans sa face c’était comme « What the fuck? » et quand j’ai dit que j’étais drag-queen c’était correct. Elle était comme contente. Je trouve ça un peu poche. C’est comme deux poids deux mesures : c’est correct que j’essaie des sous-vêtements [féminins] vu que je suis drag, donc pour un certain contexte, mais si c’était parce que je voudrais être une fille, si j’étais transgenre, ça ne serait pas correct. C’est du gros jugement dans la face des gens, du gros desapprouval. Je m’en fous parce que je ne veux pas devenir une femme, mais imagine si c’est ce que tu veux et tu vas essayer [des sous-vêtements] comment tu dois te sentir. À la base ça ne devrait rien changer…

As-tu une anecdote à raconter?
Hum pas vraiment. Mes shows à date vont quand même bien. Je n’ai jamais perdu [fait paraître] une couille sur scène. Mais, on se tape les parties, pis un moment donné je me suis penchée sur scène et j’ai senti mon tape décoller, et je me suis dit « j’me pencherai pu! ». En plus, il fallait que j’enlève un morceau [de vêtement] juste après pour être en bobette. Toujours en bobette, ce sont les risques du métier (Rires).

Si tu avais un conseil à donner, quel serait-il?
Fais beaucoup avec peu et fais ce que tu veux. C’est facile à dire, pas facile à faire, mais il faut se foutre de ce que les gens pensent. Ça ne va que t’arrêter. Il faut se faire confiance. Si tu veux faire quelque chose et qu’il y a du monde qui te juge, ces personnes n’ont qu’à ne pas te regarder si elles ne veulent pas voir.

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Si moi, j’avais un conseil à donner, quel serait-il?
Soyez ouverts à la créativité et la diversité. N’ayez pas peur d’essayer et de foncer, peu importe ce que les gens pourraient en penser. Dans n’importe quel domaine, faites une NickyG de vous. Go! Donnez tout ce que vous avez! Qu’avez-vous à perdre?

 

 


* Le mot « drague » est employé ici au sens de « l’art pratiqué par les drag-queens ».

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